Trop bonne réputation nuit parfois : c'est bien ce que dut penser Ronan, ce moine irlandais venu chercher en Bretagne la solitude nécessaire à sa vocation contemplative. Ayant débarqué sur la côte du Léon, ce "faiseur de piracles" vécut un temps à proximité du lieu qui lui serait dédié, avant de reprendre une nouvelle fois la route vers une destination plus isolée encore...
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DE PROFONDES RACINES CELTIQUES

Ronan a sans doute été attiré par l'atmosphère spirituelle de ce petit coin perdu de Bretagne. Avant lui, les Celtes avaient élu le site pour en faire un nemeton, un vaste espace sacré à ciel ouvert, représentation sur terre du parcours des astres. Mais Locronan se développa surtout après la mort de Ronan. Au XV è siècle, le village fut doté d'une magnifique église "en forme de cathédrale" dédiée au Saint. Elle représente l'un des plus beaux témoignages du gothique flamboyant breton. Aux XVIIè et XVIIIè siècle, le bourg est devenu très prospère : on y fabrique des toiles de voile dont la renommée dépasse largement les frontières du royaume.

UN PATRIMOINE RESERVE
C'est de cette époque faste que datent toutes les belles m
aisons qui donnent son cachet au village. Les cinéastes ne s'y sont pas trompés : parmi d'autres, Roman Polenski avec son film Tess et Philippe de Broca avec Chouans sont venus y tourner des films en costumes. Autour de la place de l'Eglise, dont le puits était à l'origine la seule source d'eau potable du village, se dresse un ensemble exceptionnel de demeures patriciennes à l'air austères avec leurs façades de granit : elles servaient autrefois de résidence aux notaires, aux officiers du roi et aux riches marchands. Ces demeurent cossues ne doivent pas faire oublier les maisons plus modestes, tout aussi anciennes et pleines de charme, du reste du village.

A LA DECOUVERTE DE LOCRONAN
Depuis la place de l'Eglise, le coeur du village, suivez la rue Moal, ancienne rue des Tisserands, bordée de maisons particulièrement anciennes et découvrez les vestiges de la chapelle et de l'hospice Saint-Eutrope. Dans la rue du Prieuré, la plus commerçante, faites le plein de douceurs chez Larnicol, biscuitier-chocolatier,"meilleur ouvrier de France de père en fils depuis 1934":une référence.

UNE DEPOUILLE DISPUTEE
 
Après la mort de Ronan, dans les environs de Saint-Brieuc, les comtes de Vannes, de Rennes et de Cornouaille se disputent l'honneur de lui donner une sépulture. Ils décident de placer la dépuille sur un char à boeufs et de laisser les bêtes se diriger à leur guise, afin de les départager. L'emplacement de l'église a été désigné de cette manière.

L'AVENTURE DE LA TOILE A VOILE
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Spécialisé dans la production de chanvre à partir du XVe siècle, Locronan se retrouve bientôt le centre d'une industrie prospère de la toile à voile. La manufacture du bourg, qui produit à la grande époque jusqu'à 6 000 pièces par an, vend ses toiles dans l'Europe entière, équipant les navires de l'invincible Armada espagnole comme ceux de la puissante Compagnie des Indes. Le déclin de la marine à voile sera fatal à cette industrie... et à la richesse du village. Le dernier atelier fermera ses portes en 1914.


Des processions très attendues

C'est sans doute l'un des pardons les plus authentiques de Bretagne :
la Grande Troménie (de Tro, tour et Minihi, monastère), dont la tradition remonterait au Xe siècle, consiste en une procession de 12 km, qui se déroule sur une semaine et suit lacé du nemeton. Un rendez-vous rare, puisqu'il a lieu tous les six ans (prochaine édition en 2007). Il est suivi par une foule de fidèles et de curieux qui répond aussi à l'appel de la Petite Troménie (6 km), organisée, elle, chaque année.

Un peu d'histoire
Haut li
eu druidique il y a 2500 ans, c'est de l'ermite Ronan, moine venu d'Irlande au VIeme siècle sur une "barque de pierre", que lui vient son nom. Aujourd'hui encore, ce rite perdure encore sous la forme de la Troménie. Dès le XIIIe siècle, les ducs de Bretagne vouant une grande dévotion à St Ronan, héritier du culte païen de la fécondité, sont à l'origine d'une certaine prospérité.
La richesse s'établit véritablement à partir du XVe siècle avec le commerce de la toile, du lin et du chanvre. Anne de Bretagne accorde à Locronan le titre de "ville" en 1505. Les toiles de Locronan voguent alors sur tous les océans ...